DJ Arn / Arte Radio

Arnaud Forest a choisi comme trames de ses concerts au Nouveau Festival des thèmes récurrents dans les contenus d’Arte Radio : il les mêle à des sons qu’il aime, qu’il a pour la plupart mixé et tout cela forme une playlist qui entre en résonance avec la musique choisie.
DJ Arn mixe reportages et musiques pour des raisons qui sont également techniques : ne diffuser que des paroles pendant une heure signifie, selon son expérience, perdre les auditeurs car ils ont besoin de temps pour intégrer ce qu’ils viennent d’écouter. Les ambiances sonores et les musiques ne sont ainsi pas de simples illustrations, mais des respirations nécessaires qui permettent autant de maintenir l’attention du public que d’ajouter du sens aux sujets sans voix off.
Arnaud Forest a pensé une véritable construction pour chacun de ses concerts : il commence et termine systématiquement son set par un extrait de «Méditation » proposé par un des collaborateurs de la radio, Charlie Marcelet, qui a enregistré une séance Zen de sa prof de Yoga. Celle-ci distille d’une voix douce à l’accent étranger envoûtant des conseils de relaxation qui installent et concluent le concert.
Le même rendez-vous est fixé avec la voix si reconnaissable d’Arte, Sylvie Caspar, qui lit une lettre d’amour. DJ Arn en glisse dans chaque mix un extrait, adapté au sujet : si le premier jour la voix répète « je t’aime », les autres sessions utilisent plutôt le passage « Écoute moi ».
Un morceau de musique viendra également rythmer la semaine Arte Radio dans le kiosque : la reprise du titre de Brel « Les singes » par In Vivo interroge la question de la nature et de la culture, de la prétendue sauvagerie animale opposée à la civilisation qui a perpétré tous les méfaits possibles.
Les concerts se construisent ainsi entre rendez-vous fixes et surprises, sans jamais donner l’impression de se répéter car de set en set, le mix évolue vers plus d’abstraction. DJ Arn utilise toujours la séance de yoga le troisième jour, mais en répétant certains extraits en boucle au lieu de laisser la narration s’installer.
L’improvisation est essentielle dans ces concerts foncièrement liés au contexte de leur production : le samedi, Arnaud Forest offre ainsi exceptionnellement une deuxième session au public très nombreux arrivé à 17H, et il propose le dimanche un remix de sujets déjà diffusés, s’adaptant au niveau sonore très élevé de l’espace de la Galerie Sud.
Le premier jour permet aux spectateurs de découvrir deux reportages autour de l’amour atypique. « Grand amour » de Mathilde Guermonprez donne la parole à Marguerite, qui à 80 ans passés redécouvre la passion, alors que « L’amour avec handicap » de Fabienne Laumonier recueille le témoignage d’une jeune fille en fauteuil roulant qui évoque sa sexualité épanouie. Ces sujets, fortement ancrés dans l’intime, sont comme tous les documents d’Arte Radio livrés sans aucun commentaire, parole brute qui ne tombe jamais dans le voyeurisme.
Le deuxième jour s’articule autour de la drogue et propose dans un mix très musical un plus grand nombre de reportages, comme pour multiplier les facettes et angles d’approche de ce sujet complexe. C’est le reportage intitulé «Un trip avec Syd Barrett » de Nicolas Ruffault qui a suscité le plus d’interrogations : s’agit-il réellement d’une interview du chanteur de Pink Floyd ou d’un canular ?
La nature est à l’honneur pour le troisième concert avec un très beau sujet intitulé « Les Baleines »: son auteur Mehdi Ahoudig a embarqué sur un bateau de touristes parcourant le Saint-Laurent à la recherche des grands mammifères. La guide québécoise, habitée par son métier, les touristes et leurs cris émerveillés, les spectateurs du Nouveau festival, tous sont embarqués dans la même aventure et le son devient vision, expérience partagée. « La montagne sur écoute » de Patrick Avakian introduit une mise en abyme présentant le témoignage de ce guide de montagne qui effectue des prises de son dans les massifs d’Ariège : il scénarise ses enregistrements en trouvant différentes ambiances sonores dans un même périmètre et crée ainsi des cartes postales sonores de la montagne.
Ce même format est utilisé par Jules-Edouard Moustic qui a enregistré dans son jardin le bruit du crapaud siffleur dont il raconte l’histoire. Un couple de ses voisins avait dans leur jeunesse l’habitude de se rencontrer au bord d’un plan d’eau où vivaient des crapauds siffleurs : ils ont donc introduit dans leur jardin cette espèce de batracien pour se rappeler les premières années de leur idylle. Jules-Edouard Moustic affirme ne sélectionner pour ses cartes postales sonores que les sons qu’il aime, excluant par exemple celui de la tronçonneuse qui lui évoque le bruit de l’hiver.
Les animaux sont souvent dans ces documentaires un accès vers les récits intimes de ceux qui en parlent. Ainsi dans « L’animal » de Charlotte Bienaimé, le témoignage de Claudiane qui vit sur une péniche avec un oiseau et un chien prend comme point de départ les bêtes pour dévoiler très vite une histoire personnelle très difficile, sur fond de séparation.
Le quatrième jour présente des documents proches de la poésie sonore autour du thème « La voix et l’écoute ».
Tout commence avec la météo marine samplée par Ann Rioult : elle joue sur l’étrange séduction qui se dégage de ces voix féminines égrenant lentement des informations souvent incompréhensibles pour la plupart des auditeurs, mais qui contiennent en creux tout le charme de l’inconnu, de la mer et du voyage.
« Les voix intérieures » de Claire Hauter donne à entendre les discours intérieurs de chacun, multiples histoires d’hommes et de femmes qui se mêlent en français mais aussi en anglais ou en espagnol : les voix chuchotent et racontent ce qui semble être un même récit, les fragments montés ensemble forment une histoire hachée mais une narration suivie qui joue sur la construction de cette mosaïque de discours.
DJ Arn travaille avec Samuel Hirsch et Christophe Rault, un des fondateurs d’Arteradio, sur le projet TDOS : il s’agit selon sa propre définition de dub radiophonique, toujours improvisé en concert et assez proche de ce qui est programmé dans le kiosque, mais avec plus de musique. Le trio en mélangeant les formes (enregistrements personnels, scratches, guitare etc) entend faire découvrir la radio de création sonore dans un démarche très proche de celle mise en place pour le Nouveau Festival.
TDOS: http://audioblog.arteradio.com/TDOS/frontUser.do?method=getHomePage&rubricId=3015778&blogName=TDOS






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