Arnaud Forest a choisi comme trames de ses concerts au Nouveau Festival des thèmes récurrents dans les contenus d’Arte Radio : il les mêle à des sons qu’il aime, qu’il a pour la plupart mixé et tout cela forme une playlist qui entre en résonance avec la musique choisie.
DJ Arn mixe reportages et musiques pour des raisons qui sont également techniques : ne diffuser que des paroles pendant une heure signifie, selon son expérience, perdre les auditeurs car ils ont besoin de temps pour intégrer ce qu’ils viennent d’écouter. Les ambiances sonores et les musiques ne sont ainsi pas de simples illustrations, mais des respirations nécessaires qui permettent autant de maintenir l’attention du public que d’ajouter du sens aux sujets sans voix off.

Arnaud Forest a pensé une véritable construction pour chacun de ses concerts : il commence et termine systématiquement son set par un extrait de «Méditation » proposé par un des collaborateurs de la radio, Charlie Marcelet, qui a enregistré une séance Zen de sa prof de Yoga. Celle-ci distille d’une voix douce à l’accent étranger envoûtant des conseils de relaxation qui installent et concluent le concert.

Le même rendez-vous est fixé avec la voix si reconnaissable d’Arte, Sylvie Caspar, qui lit une lettre d’amour. DJ Arn en glisse dans chaque mix un extrait, adapté au sujet : si le premier jour la voix répète « je t’aime », les autres sessions utilisent plutôt le passage « Écoute moi ».

Un morceau de musique viendra également rythmer la semaine Arte Radio dans le kiosque : la reprise du titre de Brel « Les singes » par In Vivo interroge la question de la nature et de la culture, de la prétendue sauvagerie animale opposée à la civilisation qui a perpétré tous les méfaits possibles.

Les concerts se construisent ainsi entre rendez-vous fixes et surprises, sans jamais donner l’impression de se répéter car de set en set, le mix évolue vers plus d’abstraction. DJ Arn utilise toujours la séance de yoga le troisième jour, mais en répétant certains extraits en boucle au lieu de laisser la narration s’installer.

L’improvisation est essentielle dans ces concerts foncièrement liés au contexte de leur production : le samedi, Arnaud Forest offre ainsi exceptionnellement une deuxième session au public très nombreux arrivé à 17H, et il propose le dimanche un remix de sujets déjà diffusés, s’adaptant au niveau sonore très élevé de l’espace de la Galerie Sud.

Le premier jour permet aux spectateurs de découvrir deux reportages autour de l’amour atypique. « Grand amour » de Mathilde Guermonprez donne la parole à Marguerite, qui à 80 ans passés redécouvre la passion, alors que « L’amour avec handicap » de Fabienne Laumonier recueille le témoignage d’une jeune fille en fauteuil roulant qui évoque sa sexualité épanouie. Ces sujets, fortement ancrés dans l’intime, sont comme tous les documents d’Arte Radio livrés sans aucun commentaire, parole brute qui ne tombe jamais dans le voyeurisme.

Le deuxième jour s’articule autour de la drogue et propose dans un mix très musical un plus grand nombre de reportages, comme pour multiplier les facettes et angles d’approche de ce sujet complexe. C’est le reportage intitulé «Un trip avec Syd Barrett » de Nicolas Ruffault qui a suscité le plus d’interrogations : s’agit-il réellement d’une interview du chanteur de Pink Floyd ou d’un canular ?

La nature est à l’honneur pour le troisième concert avec un très beau sujet intitulé « Les Baleines »: son auteur Mehdi Ahoudig a embarqué sur un bateau de touristes parcourant le Saint-Laurent à la recherche des grands mammifères. La guide québécoise, habitée par son métier, les touristes et leurs cris émerveillés, les spectateurs du Nouveau festival, tous sont embarqués dans la même aventure et le son devient vision, expérience partagée. « La montagne sur écoute » de Patrick Avakian introduit une mise en abyme présentant le témoignage de ce guide de montagne qui effectue des prises de son dans les massifs d’Ariège : il scénarise ses enregistrements en trouvant différentes ambiances sonores dans un même périmètre et crée ainsi des cartes postales sonores de la montagne.

Ce même format est utilisé par Jules-Edouard Moustic qui a enregistré dans son jardin le bruit du crapaud siffleur dont il raconte l’histoire. Un couple de ses voisins avait dans leur jeunesse l’habitude de se rencontrer  au bord d’un plan d’eau où vivaient des crapauds siffleurs : ils ont donc introduit dans leur jardin cette espèce de batracien pour se rappeler les premières années de leur idylle. Jules-Edouard Moustic affirme ne sélectionner pour ses cartes postales sonores que les sons qu’il aime, excluant par exemple celui de la tronçonneuse qui lui évoque le bruit de l’hiver.
Les animaux sont souvent dans ces documentaires un accès vers les récits intimes de ceux qui en parlent. Ainsi dans « L’animal » de Charlotte Bienaimé, le témoignage de Claudiane qui vit sur une péniche avec un oiseau et un chien prend comme point de départ les bêtes pour dévoiler très vite une histoire personnelle très difficile, sur fond de séparation.

Le quatrième jour présente des documents proches de la poésie sonore autour du thème « La voix et l’écoute ».
Tout commence avec la météo marine samplée par Ann Rioult : elle joue sur l’étrange séduction qui se dégage de ces voix féminines égrenant lentement des informations souvent incompréhensibles pour la plupart des auditeurs, mais qui contiennent en creux tout le charme de l’inconnu, de la mer et du voyage.

« Les voix intérieures » de Claire Hauter donne à entendre les discours intérieurs de chacun, multiples histoires d’hommes et de femmes qui se mêlent en français mais aussi en anglais ou en espagnol : les voix chuchotent et racontent ce qui semble être un même récit, les fragments montés ensemble forment une histoire hachée mais une narration suivie qui joue sur la construction de cette mosaïque de discours.

DJ Arn travaille avec Samuel Hirsch et Christophe Rault, un des fondateurs d’Arteradio, sur le projet TDOS : il s’agit selon sa propre définition de dub radiophonique, toujours improvisé en concert et assez proche de ce qui est programmé dans le kiosque, mais avec plus de musique. Le trio en mélangeant les formes (enregistrements personnels, scratches, guitare etc) entend faire découvrir la radio de création sonore dans un démarche très proche de celle mise en place pour le Nouveau Festival.

TDOS: http://audioblog.arteradio.com/TDOS/frontUser.do?method=getHomePage&rubricId=3015778&blogName=TDOS

http://www.arteradio.com/


Pour la dernière semaine du Nouveau Festival, le kiosque électronique accueille Arte Radio et un de ses metteurs en onde, DJ Arn.
Crée en 2002 par Silvain Gire et Christophe Rault, Arte Radio est disponible uniquement sur internet et propose des documentaires, reportages et créations sonores.

Son fonctionnement repose sur l’initiative individuelle et l’autonomie. Ceux qui le veulent présentent une idée de reportage puis partent enregistrer avec du matériel simple qui leur est fourni, pour ensuite monter seuls leur sujet. Les tournages durent en général de 3 à 4 jours, et Arte Radio offre de courtes formations qui ouvrent son antenne à ceux qui n’ont aucune expérience du son. Les sujets sont ensuite validés par Silvain Gire, et mixés par des metteurs en onde comme DJ Arn.

Arte Radio ne propose pas de flux mais une programmation à la carte pour l’auditeur qui choisit ce qu’il veut écouter. Depuis 2002, le site met en ligne plus de 1200 sons sur tous les sujets avec toujours la même ligne éditoriale : aucun commentaire mais un véritable point de vue sur le monde.

Arte Radio demande une réception attentive, une posture assez proche de la lecture où l’auditeur détermine son programme et l’écoute souvent seul devant son ordinateur : le kiosque électronique offre une écoute et un confort assez similaires, mais avec la possibilité pour les membres de la radio de rencontrer le public, et pour les spectateurs de partager cette expérience.
Dans le même but, la web radio organise des Goûters d’écoute gratuits un dimanche tous les deux mois au Point Éphémère à Paris .

 

Arte Radio RMX

DJ Arn proposera tous les soirs de cette dernière semaine une heure de mix entre narration, musique et documentaire : autour de thèmes comme l’amour, la drogue ou encore la nature, il fera découvrir avec passion et engagement la radio de création sonore et ses contenus au public du Nouveau Festival.


http://www.arteradio.com/


Les membres de Repulsive Society ont présenté dans le kiosque électronique une performance qui utilise des fréquences sonores très pures servant d’armes acoustiques de répression sociale.
Ils ont choisi pour le blog le texte suivant afin de présenter Presbyacusis 2 2 20 000 HZ.

photo: Sylvie Astié

 

COMMUNE D’IXELLES EXTRAIT DU REGISTRE AUX DELIBERATIONS DU CONSEIL COMMUNAL Séance du 24 avril 2008

SEANCE PUBLIQUE.- Sur le 39ème objet : Motion déposée par le Collège des Bourgmestre et Echevins relative à l’interdiction des « Mosquito ».
Considérant qu’un nouveau système « anti-jeunes » appelé le « Mosquito » a fait son apparition en Belgique ; Considérant que ce système émet des sons aigus uniquement perceptibles par les jeunes oreilles dont les conséquences sur la santé n’ont pas été étudiées ; Considérant que ce boîtier est commercialisé par une entreprise britannique et a déjà fait son entrée sur le territoire belge ; Considérant qu’une pétition est mise en circulation par l’asbl « Territoire de la mémoire, centre d’éducation à la tolérance et à la résistance » ; Considérant que ce système va à l’encontre même de la Politique communale mise en place pour la Jeunesse, à savoir la volonté de leur donner des espaces d’information, d’expression et d’actions en tant que citoyens à part entière ; Considérant que ce système constitue une atteinte à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant :
Art. 2. 2. Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour que l’enfant soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation.
Art.3. 3. Les États parties veillent à ce que le fonctionnement des institutions, services et établissements qui ont la charge des enfants et assurent leur protection soit conforme aux normes fixées par les autorités compétentes, particulièrement dans le domaine de la sécurité et de la santé et en ce qui concerne le nombre et la compétence de leur personnel ainsi que l’existence d’un contrôle approprié.
Art. 19. 1. Les États parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toutes formes de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié.
Ces mesures de protection comprendront, selon qu’il conviendra, des procédures efficaces pour l’établissement de programmes sociaux visant à fournir l’appui nécessaire à l’enfant et à ceux à qui il est confié, ainsi que pour d’autres formes de prévention, et aux fins d’identification, de rapport, de renvoi, d’enquête, de traitement et de suivi pour les cas de mauvais traitements de l’enfant décrits ci dessus, et comprendre également, selon qu’il conviendra, des procédures d’intervention judiciaire ;
Sur proposition faite, par M. Béa DIALLO, Echevin de la Famille, de la Jeunesse, des Relations Intergénérationnelles, de l’Emploi, de l’Insertion sociale et de l’Egalité des chances,
LE CONSEIL COMMUNAL D’IXELLES AFFIRME respecter la convention des droits de l’enfant ; DECIDE que les mesures adéquates soient prises pour interdire l’installation de ces appareils sur le territoire de la Commune, DEMANDE aux Gouvernements Fédéral, Régionaux et Communautaires d’interdire la commercialisation de ce produit et au Gouvernement Fédéral de saisir la Commission européenne à ce sujet.

http://docs.google.com/gview?a=v&q=cache:juCVvc4Fp_EJ:www.elsene.irisnet.be/site/fr/download/conseilcommun/motions/mosquito.pdf+ixelles+anti+mosquito&hl=fr&sig=AFQjCNEdmhnPTxBUn0-Ocw0Zc4TDfz3iCQ

 

http://www.repulsivesociety.net/


Yann Leguay

15Nov09

Yann Leguay présente dans le kiosque électronique Discsection, performance qui consiste en la gravure manuelle d’un disque vierge, version live de son projet DeaD_MediA.
La pratique de Yann Leguay s’inscrit dans une lignée de détournement d’instruments établis et il cite comme références Milan Knizak et son « Broken Music », eriKm en France et bien sûr le précurseur des platinistes Christian Marclay.

Discsection a beaucoup évolué depuis sa création en 2007 : elle s’appelait au départ Cutter Off, du nom du bouton qui coupe l’ampli à la fin du mastering. Yann Leguay n’utilisait alors pas autant d’outils qu’à présent : il avait fait presser des disques avec des boucles constituées de craquements de vinyles et de bruits de disques que l’on perce ou que l’on casse, et il s’agissait alors de DJeeing brut car il ne se servait d’aucune autre matière. Il a ensuite utilisé des lames et des cutters équipés de micros contacts qui remplaçaient le diamant des platines, pour finir par disséquer un disque vierge avec 4 outils (ici une aiguille, un scalpel, une lame de cutter et un clou) branchés sur des micros et permettant de mixer les sources en direct.
Dans cette performance, les actions effectuées sur la surface vierge du disque sont produites et diffusées en même temps : c’est le processus qui fait le concert, et les sons engendrés alors peuvent être réécoutés grâce à la gravure manuelle qui fixe la performance et renforce une dimension physique déjà très présente.

Yann Leguay n’utilise ni samples ni effets : il construit une mélodie puis la déconstruit et travaille essentiellement à l’assemblement des différentes matières. Si un accident se produit (comme le bras d’une platine qui bouge etc.), il est intégré dans la performance du fait de la gravure.
Les concerts sont tous différents car si l’artiste connaît à l’avance les types de sons qu’il peut produire, il ne sait en revanche pas comment il va les assembler ensuite : tantôt groovy, tantôt noise, parfois même dub quand la diffusion par enceintes permet de lancer des rythmiques plus fortes, le set dépend du lieu et du moment mais repose toujours sur les boucles qu’impliquent le disque qui tourne sur la platine.

Il en va de même pour les interprétations du public et ce qu’il entend: certains y voient le meurtre d’un disque, d’autres l’exploitation d’un medium qui devient un instrument, certains se concentreront sur la rythmique, d’autres sur la mélodie, d’autres enfin sur l’aspect plus bruitiste. C’est cette possibilité d’une écoute très personnelle offerte par la richesse des sons produits qui rend plus que pertinente la présence de Yann Leguay dans le kiosque électronique, dispositif basé sur une expérience intime de la musique.
La perception de l’artiste est également variable car si la performance pour le Nouveau Festival a duré plus de 40 minutes, Yann Leguay a eu l’impression de jouer très peu de temps : le lieu clos aurait alors influencé la construction du concert, plus rapide et plus dense.

Le kiosque est pour Yann Leguay une manifestation physique de la bulle qui est toujours créée pendant un live, mais aussi une sorte de bloc opératoire où les spectateurs observent ce praticien totalement absorbé. Yann Leguay a découvert le kiosque électronique au Plateau, comme auditeur et avec l’impression d’être lié physiquement au musicien par les câbles qui lui évoquaient déjà autant de stéthoscopes permettant d’écouter ce qui se passe dans la « boîte ».
La diffusion par casque introduit enfin une différence fondamentale par rapport à un concert classique : le public entend non seulement les bruits amplifiés mais aussi s’il enlève son casque des bruits acoustiques comme les grincements produits par la gravure des disques et qui normalement ne sont pas audibles. Le musicien ne perçoit lui rien de cela car il joue avec un casque, mais le phénomène est intéressant: un set clandestin et involontairement livré aux spectateurs vient compléter la performance.

Un album issu d’une performance de Discsection est sorti sur le label Artkillart fondé par Clément Lyonnet, Thomas Pigache et Kévin Bartoli (Yann Leguay y dirige la collection « Drift »).
Ce label travaille sur le rapport au support en invitant des artistes à transférer leurs processus et démarches sur disques, passant ainsi de l’immatériel au matériel. Ils doivent imaginer un nouvel objet à partir de leurs créations dans une démarche d’exploration technique du support.
L’artiste Valentina Vuksic a ainsi été invitée pour un disque qui sortira en janvier prochain à repenser « Harddisko », une installation où elle utilise un orchestre de disques durs dont l’activité est enregistrée par des micros électromagnétiques.

 

http://www.phonotopy.org/ : label d’autoproduction de Yann Leguay.
http://artkillart.tk/


Frédéric Nogray joue sur les particularités esthétiques et acoustiques des lieux : il a enregistré fin 2007 son album « Nelki » (sorti en décembre 2008 sur le label Prele Records) dans une église en Normandie.
Dans le kiosque dédié au départ aux musiques électroniques, il a souhaité exploiter et transformer les possibilités de l’installation en générant pendant son concert des fréquences proches de la musique électronique, mais qui sont entièrement acoustiques car produites par des bols en cristal. Il a pour cela installé deux micros qui captent l’ambiance à l’intérieur du kiosque mais aussi tout le contexte sonore extérieur de la Galerie Sud du Centre Pompidou. Le musicien part d’une obligation technique (il est impossible d’isoler phoniquement le kiosque) et en fait le moteur de sa création pour tenter de mêler deux univers a priori opposés.

Frédéric Nogray savait en amenant ses « bols chantants » que son concert serait diffusé dans les casques mais aussi perceptible sans ces derniers, et il voulait donc commencer à jouer en dehors du kiosque de manière complètement acoustique et entrer ensuite pour que les auditeurs mettent leurs casques en même temps que lui. Or il n’a jamais eu les mains libres, n’a pas pu s’équiper et a donc joué sans entendre la même chose que le public.
Il s’agissait tout d’abord pour lui d’ouvrir le concert à tous, sans sélection, mais aussi par extension de faire deux concerts complètement distincts : selon qu’ils ont un casque ou non, les spectateurs entendent deux sets différents.
Cette différence de perception lui plaît car elle ajoute une donnée qui rappelle ses expériences passées sur le hasard. Frédéric Nogray créait avec des machines comme des tables de mixage ou des filtres analogiques des larsens qu’il essayait ensuite de diriger, découvrant donc le son en même temps que le public.
Il voulait en travaillant sur ces larsens et instruments électroniques atteindre un état de conscience modifiée qu’il n’arrivait pas à produire. Lors de la visite d’un salon industriel il y a 5 ans, il a involontairement heurté avec son casque un creuset en quartz et découvert ainsi le son exact qu’il cherchait. Pour ce musicien qui désirait sortir de l’ordinateur et de l’électronique, ce fût une véritable rencontre, placée une fois encore sous le signe du hasard.

Frédéric Nogray joue d’habitude avec 9 à 12 bols chantants qu’il fait résonner en passant sur leurs rebords des baguettes terminées par des balles de caoutchouc. Il travaille sur des jeux de phases, c’est-à-dire la manière dont les fréquences jouent entre elles et produisent des battements générant un effet psycho acoustique comparable à celui de l’autohypnose.
Parvenir dans le kiosque à ce résultat est presque impossible car le musicien n’a pour des raisons de place pas pu amener les plus gros bols qui produisent des basses très puissantes.
Il a donc adapté son set et utilisé un jeu de bols tibétains en métal du XIXe siècle aux fréquences très pures.
Mixer les creusets en cristal et les bols tibétains lui permet alors de créer ces fréquences de battement qui ont un effet non seulement sur le public, mais aussi sur lui.
Pendant le concert, la plupart des spectateurs qui ont un casque s’allongent au même moment, plongés dans une écoute étrangement profonde et déconnectée du monde extérieur, pour finalement se redresser à peu près en même temps, alors que le musicien semble lui aussi complètement absorbé par ses gestes fluides et les sons produits par les bols en cristal qui semblent rayonner de l’intérieur.
Frédéric Nogray refuse de penser le son, dans une perspective proche de celle de John Cage. Pour éviter le côté mental de la musique et accéder à une écoute qu’il nomme intrapsychologique, il produit des fréquences qui le font entrer dans un état de conscience élargie grâce auquel il fait évoluer le son sans influence aucune de ses propres goûts musicaux. Il dit jouer avec ses oreilles, qui sont ses véritables instruments, et même s’il a en ce moment une pratique instrumentale avec les bols chantants, il peut en réalité faire un concert avec n’importe quel élément. Il a par exemple joué avec un ventilateur un jour où son ordinateur était tombé en panne juste avant un concert. De la même manière, il n’avait jamais avant le kiosque électronique utilisé les bols tibétains, qui sont venus palier l’absence des bols en cristal les plus grands.

La pratique de Frédéric Nogray dépend ainsi des lieux où il joue et des données qu’il ne maîtrise pas, et qui dans le kiosque se sont accumulées.
Il n’a en effet pas eu le temps de faire tous les réglages qu’il souhaitait en répétition, n’a pas eu l’occasion de mettre son casque, mais surtout n’a pu inviter comme prévu initialement la plasticienne Félicie d’Estienne d’Orves : cette artiste imagine des sculptures lumineuses sur de la bruine ou de la fumée, impossibles à utiliser dans l’espace ouvert de la Galerie Sud.
Ils ont travaillé ensemble sur  plusieurs installations dont « Gong », présentée cette année dans l’exposition « Les nouveaux monstres » du festival Exit à Lille, et qui fait partie de la série « Cosmos ».
L’absence de Félicie d’Estienne d’Orves l’a obligé à repenser son concert et à créer à partir de la contrainte, une des lignes directrices de tout son travail.

 

http://www.myspace.com/fredericnogray

http://www.feliciedestiennedorves.com/
http://www.dailymotion.com/video/x8ppid_gong-felicie-destienne-dorves_creation



Pokipoki

13Nov09

pokipokiPokipoki c’est en japonais le bruit de quelque chose qui craque mais c’est aussi la réunion de Dokidoki (Sylvie Astié) et de Patricia Maincent, qui à l’époque où le duo s’est formé ne faisait pas encore partie du collectif.

« Love will tear us apart » (titre d’un morceau de Joy Division) mêle dans sa configuration normale du son et des images autour de récits de rencontres amoureuses recueillis par Sylvie Astié et Patricia Maincent. Ce projet de ciné-mix existe depuis environ 3 ans et il a été joué pour la première fois il y a un an, avec depuis des présentations à Barcelone et à Bruxelles, mais jamais à Paris : le kiosque électronique est donc pour Pokipoki une occasion de faire découvrir le film ici.

Cette création repose sur le mélange de témoignages de rencontres amoureuses et d’extraits de scènes du même type dans des films qui viennent décaler les histoires et les faire balancer entre mythe et réalité. Toute la matière visuelle et sonore (témoignages, bruits d’oiseaux, musique, jazz ou extraits plus noise) vient des prises de sons effectuées par le duo.
Les interviews d’ami(es) sont alors à la frontière entre le documentaire, la démarche plastique et la recherche sonore. C’est le mix qui compte ici dans les superpositions, les transitions ou les coupures : les récits s’entremêlent pour ne plus être attachés à une seule personne mais créer des liens entre les histoires qui sont toutes différentes. Si l’on sait parfois comment certaines finissent (un témoignage est fait au passé et précise que la relation a duré 7 ans), les extraits sont très souvent tronqués et le mystère plane sur leurs conclusions.

Pour le Nouveau Festival, seule la bande-son est jouée, car le kiosque ne permet pas de diffuser le film. De cette contrainte formelle a émergé pour les artistes un nouveau rapport à leur création et l’absence des images a conduit les Pokipoki à se concentrer sur le son et à le repenser en fonction de ce contexte particulier.
L’idée d’une bande-son sans images donne selon Sylvie Astié un nouvel éclairage sur la pièce qui gagne en intimité : le visuel concentre parfois l’attention du public au détriment de la narration, mais ici au contraire la voix reprend toute son importance, renforcée par la diffusion au casque qui vient redoubler la confidence.

« Love will tear us apart » n’est pas une création fixe et close : Sylvie Astié et Patricia Maincent recueillent encore en ce moment des témoignages d’ami(e) qui demandent à être interrogées ou à qui elles proposent de le faire. De plus ce projet est toujours joué en live , et les artistes peuvent ainsi faire durer plus ou moins une séquence, ajouter des récits ou des extraits sonores qui viennent modifier la tonalité générale de ce work in progress. Selon les invitations, il évolue et se reformule et le duo comme les spectateurs se laissent surprendre par le résultat toujours différent.

 

Des vidéos et extraits de « Love will tear us apart » sont disponibles sur le site du label Dokidoki :
http://editions.dokidoki.fr/


falseparklocation

Crée en 2005, Falseparklocation a participé à plusieurs éditions du Placard et a déjà joué dans le kiosque électronique au Plateau: le duo formé par Nadia Lichtig et Christian Bouyjou est donc habitué aux concerts au casque. Leur musique électronique et intimiste est de plus parfaitement adaptée à ce mode de diffusion qui permet de chuchoter à l’oreille des spectateurs.
Les deux musiciens apprécient que le kiosque interroge la notion de scène en cassant le rapport frontal avec le public, et aussi la liberté laissée aux spectateurs de partir quand ils le souhaitent : le concert n’est pas subi, mais le casque isole et aide à la concentration.
Ils ont des conceptions différentes et complémentaires de cette installation. Nadia Lichtig, qui est plasticienne, pense le kiosque comme un objet sculptural et aime jouer dans un lieu d’art, alors que c’est le fait que le dispositif de diffusion décompose le concert qui intéresse Christian Bouyjou : le spectateur entend séparément la voix et les instruments selon qu’il porte ou non le casque.

Falseparklocation est né dans le cadre d’une résidence de Nadia Lichtig à Bangkok. Christian Bouyjou l’a suivie pour faire de la musique et ce n’est que quand ils ont été programmés dans un festival qu’ils ont commencé à écrire des morceaux. Leur aventure s’est ensuite poursuivie à Paris puis en Inde. Le plus souvent Nadia Lichtig écrit des poèmes intimistes et Christian Bouyjou compose la musique, mais les rôles peuvent s’inverser.
Ils ont pour le kiosque utilisé les mêmes instruments que dans un concert classique : une guitare, un synthétiseur, un ordinateur et des effets (notamment pour la voix de la chanteuse).
Ils jouent une musique très composée avec peu d’éléments live. Ils ne sont pas musiciens de formation, et il y a une véritable part de travail, au sens noble du terme, dans leurs créations : chaque concert est une mise en pratique pensée et travaillée de leurs morceaux, et le duo parle de concentration dans leur pratique de la musique en insistant sur l’idée de prendre le temps de bien faire les choses.
De même, ils composent une musique pop à l’économie minimale : tout est fait chez eux, mais sans volonté d’être rattachés à une quelconque esthétique Lo-Fi. Le peu de moyens techniques dont ils disposent est une contrainte plus qu’une volonté.
Ils sont très fiers d’avoir comme invité sur leur album le compositeur et guitariste américain Rhys Chatham qui joue de la trompette sur plusieurs morceaux.

Le titre de l’album sorti aujourd’hui sur le label Dokidoki, « Tropic FM », évoque son écriture sous les tropiques. Le duo part souvent écrire à l’étranger pour se donner le temps de travailler sa musique : chaque séjour est comme une résidence qui leur permet de se focaliser sur ce seul projet. Ils ont choisi d’être deux pour pouvoir être mobiles et travailler ailleurs, mais les morceaux ne sont cependant pas liés aux pays visités : Falseparklocation ne revendique aucune influence de la musique tropicale ou exotique. Leurs références se situent plutôt du côté de la scène New Wave new-yorkaise du tout début des années 80 (Tom Tom Club ou les Flying Lizards) où le rock se mélange à la soul. Falseparklocation a dédié son concert à Jacno, mort quelques jours auparavant, car il fait partie avec Fred Chichin de leurs influences françaises.

Le nom du groupe vient des projets solo respectifs des deux musiciens : Poppopfalse pour lui et Echopark pour elle. Ensemble ils sont donc devenus Falseparklocation, manière aussi de garder le concept d’un nom en trois syllabes réunissant des éléments incompréhensibles. Ce mot évoque enfin l’idée d’un mauvais endroit pour faire les choses, comme le décalage qu’introduit supposément la Cold Wave à Bangkok.


http://www.myspace.com/falseparklocation


Noyade

11Nov09

NoyadePhoto: Sylvie Astié

Erik Minkkinen (Sister Iodine) et David Lemoine (Cheveu, Les chœurs de la Mer Noire) forment depuis deux ans le groupe Noyade : ils sont les premiers artistes programmés par le label Dokidoki pour le Nouveau Festival.

Le nom de ce duo évoque le fait de se perdre, de se noyer dans l’improvisation qui est au cœur de leur pratique et prend un sens particulièrement fort dans le dispositif immersif du Kiosque électronique.
Les deux musiciens se fixent le moins de contraintes possible et veulent aller en sens inverse de ce qu’être un groupe implique souvent, c’est à dire un effort pour organiser une musique et/ou un discours sur celle-ci.
Noyade improvise totalement chacun de ses concerts mais le duo a aussi l’habitude de faire une pause toutes les trois minutes pour donner au public l’impression d’une structure et jouer ainsi sur l’idée de morceaux. Au milieu des nappes et des saturations, ils essaient de retomber sur des refrains pour pouvoir ensuite les perdre, et ils définissent leur projet comme très pop.
Ce sont les premiers à faire un entracte : ils souhaitent que le public puisse tourner, que d’autres spectateurs prennent les casques, ce qui dans les faits n’arrivera pas. Ils pensaient aussi sortir du kiosque, dans l’idéal pour boire un verre…

Jouer dans le kiosque électronique et donc au casque n’est un problème pour aucun des deux musiciens. Selon Erik Minkkinen l’artiste est souvent enfermé dans ce qu’il est en train de faire, et pour David Lemoine, le casque revêt un intérêt technique en permettant de spatialiser le son, de jouer sur la stéréo.
De plus, Erik est un des fondateurs du Placard, festival de concert au casque né bien avant le kiosque électronique.
Le Placard a été créé en 1998 à l’initiative du collectif Büro dont Erik Minkkinen faisait partie. Tout a commencé avec une chambre de bonne vide à Belleville et des concerts clandestins organisés au casque pour rester discrets. Par la suite, les concerts ont lieu dans l’appartement d’Erik Minkkinnen et Sylvie Astié, ils sont diffusés en streaming, et d’autres placards s’ouvrent dans plusieurs grandes villes. Un site internet permet de diffuser les concerts mais aussi à ceux qui veulent organiser un placard ou jouer de mettre en place le festival, avec des sets de 20 à 60 minutes, sur des périodes pouvant aller jusqu’à 3 mois.
Outre le temps des concerts, la différence avec le Placard est selon Erik Minkkinen dans l’installation et en particulier les vitres qui coupent l’intimité impliquée par l’écoute au casque.
Le paradoxe du kiosque électronique est alors le suivant : un lien physique fort est créé entre le musicien et le public par les casques et les câbles, mais dans le même temps les vitres isolent, et les spectateurs voient même leurs propres reflets quand ils regardent l’artiste.
La vitrine instrumentalise la position du musicien alors que le lien par le système de diffusion est immédiat.
David Lemoine n’est quant à lui pas gêné par l’installation car il considère que la musique est de toutes façons liée à la démonstration et que la scène est toujours une vitrine.

C’est à la fois l’intimité crée avec le public, mais aussi la part certaine de risque et d’imprévu, la possibilité qu’offre le kiosque lui-même de détourner son propre dispositif qui intéressent Erik Minkkinen et David Lemoine.
Ainsi, la diffusion par casque implique que les spectateurs qui n’en ont pas peuvent entendre la voix du chanteur sans effets : les membres de Noyade aiment que le concert leur échappe et que les spectateurs saisissent ce qui est censé être caché, en l’occurrence le chant mêlé de cris de David Lemoine.

http://www.myspace.com/cheveu
http://www.myownspace.fr/eeek
http://www.myownspace.fr/807 (Noyade)
http://leplacard.org/


dokidoki

Photo: Sylvie Astié

Né en 2001, ce collectif franco-japonais rassemble alors des amies de différents domaines : elles sont designers, architectes, stylistes, apprécient leurs productions respectives et se réunissent donc dans un atelier du XXe arrondissement de Paris où elles travaillent et organisent des apéros et des concerts. Le groupe est ouvert et flexible : les membres viennent et repartent, certaines habitent Tokyo mais font encore partie du collectif, et celui-ci finit par accueillir également des garçons.

Les liens entre Dokidoki et la musique sont profonds : Sylvie Astié, une de ses fondatrices, s’intéresse depuis longtemps à la musique expérimentale et abstraite au sein du collectif Büro qu’elle forme avec Erik Minkkinen et Lionel Fernandez. Ils organisent des concerts dont les célèbres Placards, festivals de musique au casque en appartement qui sont une influence majeure du kiosque électronique.
Dokidoki prend un parti plus frais et féminin mais le collectif organise aussi des concerts et reçoit par exemple des Placards à l’atelier. Il demande aussi à des amies de créer des morceaux d’une minute pour le site, rassemblés ensuite sur la compilation « One minute women ».
Un disque sort en 2008, réunissant tou(te)s les ami(e)s de Dokidoki sur un double album. Pop, trash, contemplative, la diversité musicale des artistes est le reflet des activités et des réseaux du collectif qui s’affirme résolument féminin et souple, à la fois expérimental et pop: la compilation s’intitule « I regret not having kissed you », clin d’œil au côté groupie évoqué par un groupe de filles qui invite des musiciens.
Ce disque marque la véritable naissance du label, mais le collectif continue à organiser des évènements avec des artistes de tous les horizons, fidèle au sens de l’onomatopée qui lui a donné son nom : Dokidoki est en japonais le bruit du cœur qui bat, et par extension quelque chose que l’on attend avec impatience sans vraiment savoir quoi.

« Tropical FM », le premier album de Falseparklocation (sortie le 12 novembre 09), est le 5e disque du label Dokidoki.

http://editions.dokidoki.fr/


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The Nightcrawler est le nouveau projet de Red, dont l’album sortira sur le label Clapping Music début 2010.

Les premiers concerts de The Nightcrawler ont eu lieu il y a un an, principalement chez des particuliers et dans des lieux intimistes, et l’album lui-même a été enregistré dans la cuisine de l’artiste. Il s’agit au départ d’un canular et personne ne savait qui se cachait derrière ce nom, dont le myspace indiquait qu’il était originaire de Nashville Tennessee.

Red a pour Le Nouveau Festival crée des samples spéciaux, en lien avec son idée d’une musique en perpétuelle mutation : The Nightcrawler donne à chaque fois un concert différent, il peut être seul comme aujourd’hui avec sa guitare et un sampleur ou alors accompagné.
De la même façon, il navigue entre rock, électro et blues, avec en ce moment un penchant particulier pour le funk comme en témoigne sa reprise profonde et habitée du titre « If you want me to stay » de Sly and the Family Stone.

Red a vu enfant le Centre Pompidou naître, et il était fasciné par cette étrange architecture qu’il découvrait dans « Les visiteurs du mercredi » de Claude Pierrard.
Jouer dans le kiosque l’amuse car cela lui rappelle la spéléologie qu’il pratique fréquemment, et il a pour l’occasion retravaillé un morceau de son premier album sur lequel sa fille âgée de 4 ans parle d’une cave, clin d’œil à l’espace clos qu’est le kiosque.
Il pense cette installation comme un simple prolongement de la mise en scène que représente tout concert : le kiosque lui paraît même moins violent car le musicien n’a pas de spots dans les yeux. Quant au fait d’être entouré par les spectateurs, Red rappelle qu’il a donné des concerts à 360° bien avant U2…
Le dispositif de diffusion est plus gênant pour lui car il n’a jamais joué longtemps avec un casque, et qu’il a beaucoup de mal à chanter sans retour dans les enceintes.

the nightcrawlerLe projet The Nightcrawler ne se limite pas à la musique et Red a décidé de dessiner et peindre à la main 500 pochettes de vinyles et 900 pochettes de CD et d’offrir ainsi un objet singulier à ceux qui achèteront l’album en ces temps de crise du disque. Il s’est d’ailleurs entouré dans le kiosque de quelques pochettes pour présenter aux spectateurs ce work in progress, en précisant avec ironie et humour: « pour les plus jeunes, ce sont bien des disques… »

http://www.myspace.com/thenightcrawlernashville




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